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Notes de lecture : La peau et le toucher : un premier langage, Ashley Montagu

24 Juil

La peau et le toucher – un premier langage

Ashley Montagu

Editions du Seuil, 1979, 219 pages

Ashley Montagu est un anthropologue et humaniste américain (1905-1999). Auteur de nombreux ouvrages, celui-ci est un véritable plaidoyer en faveur du toucher et du contact corps à corps, qu’il juge d’une importance cruciale pour le développement harmonieux de l’être humain. Il s’appuie sur des expériences scientifiques impliquant d’autres mammifères mais aussi des observations chez l’homme, dans différentes cultures.

Il explique que la peau est le premier né de nos organes et qu’il s’agit en outre de l’ensemble d’organes le plus important, après le cerveau. D’ailleurs le sens du toucher est le premier à se développer chez l’homme.

L’auteur postule que les stimuli tactiles précoces jouent un rôle vital pour le développement du mammifère. Il analyse la pratique du léchage chez les animaux à la naissance de leur progéniture, dont la finalité semble être de « lancer » le fonctionnement général des autres fonctions vitales (génito-urinaires, gastro-intestinales, respiratoires…).

Source : Nicolas Esposito (licence CC, FlickR)

Il en conclut que les stimulations tactiles de la mère sont vitales, au sens premier du terme, pour le nouveau-né.

Chez l’homme, il suppose que ce « léchage » est en fait remplacé par le travail de l’accouchement (contractions utérines et délivrance). Mais le besoin de contact, de massage, de stimulations tactiles ne s’arrête pas à cette première étape chez le petit homme… qui par nature, naît « inachevé » (il naît au moment où il peut encore passer dans le bassin de sa mère, et non au terme de son développement général qui ne survient que bien plus tard).

A partir d’expériences scientifiques (chez les rats notamment) et empiriques, il montre que le contact et le « TLC » (tenderness love care ou tendresse, amour et soin) sont indispensables à la survie du bébé (plusieurs cas de mortalité infantile pouvant s’expliquer par cette absence de contact, quand de spectaculaires progrès au niveau de la santé de l’individu peuvent s’expliquer par une reprise des contacts tactiles).

Il déplore ainsi l’abandon du berceau, et du bercement en règle générale, à partir des années 1900, en vertu de théories béhavioristes et du diktat de l’indépendance ainsi que de la crainte de donner de « mauvaises habitudes » aux bébés… théories répandues par certains pédiatres de l’époque et qui ont été appliquées par des parents désireux de faire au mieux.

Il décrit les multiples et fabuleuses capacités de la peau dans la captation des messages, et montre qu’un besoin de toucher plus ou moins satisfait durant l’enfance précoce peut avoir des conséquences à long terme dans notre vie d’adulte (de nos goûts musicaux à nos cheveux, en passant par nos problèmes d’eczéma ou encore d’asthme).

Il s’attarde également sur l’importance d’avoir bénéficié de soins maternels satisfaisants pour développer une sexualité équilibrée.

Il propose enfin un rapide tour du monde des pratiques du toucher pour tenter d’analyser les conséquences de ces pratiques divergentes sur les hommes adultes.

« Le besoin d’une stimulation tactile tendre est un besoin primaire qui doit être satisfait pour que le bébé se développe et devienne un être humain sain et équilibré » p. 123

Ainsi le contact tactile a une importance vital à tout âge, mais plus particulièrement lors des tout premiers temps de la vie. A noter que pour l’auteur, les vêtements constituent aussi une entrave à ce contact et qu’il préconise un réel peau à peau…

Source : Aqsaran (licence CC, FlickR)

Mon avis :

Un livre intéressant dans le mesure où il cherche et propose des arguments scientifiques à une véritable théorie humaniste. Les expériences relatées sont riches en enseignements et la théorie avancée séduisante d’un point de vue moral, et éthique.

J’avoue cependant avoir parfois été un peu gênée par le « positionnement » de l’ouvrage : entre arguments scientifiques et expression d’une conviction, la frontière n’est pas toujours clairement posée… D’ailleurs l’auteur souligne à de nombreuses reprises qu’il reste beaucoup à investiguer, d’un point de vue scientifique, dans ce champ d’étude.

Mais quel plaisir de trouver un appui dans la mise à mal de la théorie du bébé tyran et de ceux qui préconisent que l’enfant doit être indépendant le plus tôt possible !

Voir mes autres notes de lectures.

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2 Commentaires

Publié par le juillet 24, 2010 dans Porter... et lire

 

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2 réponses à “Notes de lecture : La peau et le toucher : un premier langage, Ashley Montagu

  1. Polynn14

    décembre 9, 2013 at 23:39

    C’est un livre vraiment passionnant. Qui nous rappel (si nous avions oublié que nous étions des mammifères!) à nos instincts naturels. Malgrés toutes les avancés technologiques rien ne remplacera pour l’humain la chaleur du toucher d’un autre humain. Nous en avons besoins pour vivre. Il y a des vérités qui sont immuables.

     

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